Foire aux questions

La motivation

Qu’est-ce qui peut m’aider à intégrer le yoga dans mon quotidien?

Une collègue qui enseigne le yoga classique à New York a observé que les personnes venant de familles traditionnelles et qui mangent ensemble à des heures régulières ont généralement plus de facilité à intégrer une pratique de yoga stable dans leur journée que les personnes qui mangent de façon moins régulière. Je pense que cette piste de réflexion est intéressante, car elle permet d’identifier plusieurs facteurs qui peuvent contribuer au maintien d’une pratique régulière de yoga.

D’abord, pour être à l’aise dans une pratique de yoga, l’estomac doit être vide, alors la pratique se place le plus souvent avant un repas. Si on mange régulièrement, on « ne meurt pas de faim » avant le repas; on a l’énergie qu’il faut pour pratiquer, et on est donc capable de se concentrer sur sa séance, même si l’estomac est vide.

Ensuite, une routine soutien l’autre. Lorsque les repas sont planifiés, toute la routine quotidienne se structure plus facilement, en incluant la pratique de yoga. On ne se pose pas la question : « Est-ce que je veux faire mon yoga? », on le fait c’est tout, car c’est à l’horaire.

Finalement, une alimentation saine et régulière soutien la clarté mentale, un état d’être où nous comprenons nos priorités.

La respiration

Quel est la différence entre la cohérence cardiaque et le rythme respiratoire yogique de 6-2-6-2?

Les recherches scientifiques sur le rythme proposé par la technique de la cohérence cardiaque, où on inspire pendant 5 secondes et on expire pendant 5 secondes, ont identifié plusieurs bienfaits :
– une augmentation des IgA salivaires, lesquels participent à la défense immunitaire
– une baisse du niveau de cortisol (l’hormone du stress)
– une augmentation de la DHEA (l’hormone de jouvence qui ralentit le vieillissement)
– une augmentation de l’ocytocine (un neurotransmetteur qui favorise l’attachement)
– une augmentation du facteur natriurétique auriculaire (une hormone sécrétée par le coeur et qui agit sur l’hypertension artérielle)
– une augmentation des ondes alpha du cerveau, favorisant la mémoire, l’apprentissage, la communication et la coordination
– une influence favorable sur de nombreux neurotransmetteurs comme la dopamine (l’hormone du plaisir) et la sérotonine (l’hormone qui prévient la dépression et les angoisses)

Les recherches ont démontré que les effets nommés ci-dessus durent entre 3 et 6 heures. Pour cette raison, la technique propose de pratiquer 3 fois par jour. (Source : PasseportSanté, La cohérence cardiaque)

Selon mes connaissances, il n’existe pas de recherches scientifiques aussi rigoureuses que celles citées ci-dessus sur le rythme proposé dans le yoga classique où l’on expire pendant 6 secondes, on reste poumons vides pendant 2 secondes, on inspire pendant 6 secondes et on reste poumons pleins pendant 2 secondes. Par respect pour la rigueur scientifique, il ne faudrait pas présumer que le rythme yogique donnerait lieu à des résultats similaires, même s’il serait intéressant d’en avancer l’hypothèse et ensuite de la vérifier.

Je ne peux donc pas répondre à la question dans des termes scientifiques. Ceci dit, je peux écrire quelques mots sur les enseignements de Patanjali dans Les Yoga-sutra qui y répondront d’une certaine façon.

Tout d’bord, il faut comprendre que ce rythme est enseigné classiquement à un débutant qui est en bonne santé et qui veut tendre vers un premier rythme respiratoire. Il existe maintes étapes de développement pour aider un élève expérimenté à aller au-delà de ce rythme. Il en existe aussi tout autant de variantes pour soutenir une personne malade, anxieuse ou déprimée à retrouver une meilleure santé. Classiquement, un rythme respiratoire est enseigné à l’élève dans le cadre d’un suivi personnalisé où le professeur de yoga peut tenir compte des besoins de l’individu. Le rythme 6-2-6-2 est donc un premier objectif général, et il ne faut pas essayer de l’appliquer de façon mécanique sur notre tapis de yoga; il faut tenir compte de notre aisance respiratoire, de notre état d’être, de notre niveau d’expérience, de la posture ou de l’enchaînement de postures pratiqués, et de maints autres facteurs. Bref, lors de vos explorations, ne forcez pas votre rythme respiratoire à ressembler à celui-ci; si vous en préférez une variante, respectez-vous et prenez contacte avec votre professeur de yoga pour vérifier si c’est un bon choix pour vous.

Ensuite dans Les Yoga-sutras, Patanjali enseigne que le développement respiratoire passe par un travail multi-dimensionnel où on tient compte des éléments suivants : l’expiration, l’inspiration, la suspension, l’espace respiratoire, la durée de chaque phase respiratoire et le nombre de respirations pratiquées (II-50). Voilà plusieurs différences par rapport à l’utilisation du rythme proposé le plus souvent par la cohérence cardiaque : les respirations yogiques sont nettement plus complexes. L’adepte du yoga classique se concentre sur l’espace corporel sollicité par l’expiration, et ensuite sur un autre espace corporel qui est sollicité par l’inspiration. (Voir les modules 1 et 2 de la formation sur « Les Bases du yoga classique ».) L’adepte se concentre sur la négociation délicate entre viser par exemple le rythme 6-2-6-2 et accepter le rythme que sa respiration du moment préfère. Au lieu d’utiliser un chronomètre, l’adepte du yoga classique compte le nombre de respirations sur ses doigts, en utilisant un nyasa. Bref, le travail respiratoire proposé dans le yoga classique, appelé pranayama, est plus exigeant et engageant au niveau de la concentration que celui proposé par la cohérence cardiaque. Il n’est donc pas surprenant que Patanjali explique dans l’aphorisme II-52 que la pratique régulière de pranayama soutient progressivement le développement des capacités mentales comme la concentration, la méditation, et éventuellement des états mentaux encore plus subtiles.

Il y a aussi plusieurs ressemblances entre la cohérence cardiaque et les pranayamas. Dans les deux cas, l’adepte est amené à compter la durée de ses expirations et ses inspirations. Dans les deux cas, il est suggéré de pratiquer plusieurs fois par jour afin de relancer les bienfaits du travail respiratoire. Classiquement, les yogis pratiquaient quatre fois par jour.

En guise de conclusion, je reviens à l’hypothèse où le rythme yogique 6-2-6-2 donnerait peut-être lieu à des résultats similaires à ceux qui ont été identifiés dans les recherches sur le rythme inspire 5 secondes et expire 5 secondes, sauf que je penserais que certains marqueurs démontreraient des effets encore plus profonds, mais ce n’est qu’une supposition et ça reste à vérifier… Chose certaine, les deux techniques sont bienfaisantes lorsqu’elles sont pratiquées correctement.