Souvenons-nous de T. Krishnamacharya

Tirumalai Krishnamacharya est aujourd’hui reconnu comme le père du yoga moderne. Son nom signifie « un professeur extraordinaire qui attire tout, qui détruit le mal, et qui chasse toute obscurité ». Au Centre de Yoga Québec, tous nos cours et ateliers s’inscrivent dans la tradition de ses enseignements. Annette vous invite à prendre un moment pour lui rendre hommage en lisant sur sa vie, ses études et ses contributions.

Né le 18 novembre 1888 dans l’État de Karnataka, qui se situe dans le sud-ouest de l’Inde, Krishnamacharya était l’aîné de ses six frères et sœurs. À l’âge de 5 ans, il a commencé sa pratique du yoga ainsi que ses études du sanskrit sous l’autorité de son père, Srinivasa Tatacharya. Ses cours débutaient à 5 heures du matin et s’il paressait dans son lit, refusant de se lever à une heure aussi matinale, son père lui versait de l’eau froide dans l’oreille! C’est ainsi que le futur maître a appris la discipline, dès le plus jeune âge.

Ses études et ses diplômes

Son père est mort lorsque Krishnamacharya n’avait que 12 ans, et sa famille a déménagé à Mysore pour que le garçon puisse poursuivre ses études au Parakala Math, une école brahmanique réputée dont le directeur était son grand-père, Srinivasa Brahmatantra Swami. Durant la même période, il a également reçu une éducation britannique au Royal College de Mysore. Krishnamacharya était un élève exceptionnel et ses professeurs ont essayé de le convaincre de devenir directeur de l’école brahmanique à son tour, mais il avait d’autres aspirations. Il s’est lancé dans le projet de maîtriser les 6 darśana, ou écoles de pensées indiennes, qui proposent chacune un chemin différent pour alléger la souffrance en développant le plein potentiel de l’être humain. Le yoga est l’une des six écoles traditionnelles, et c’est celle pour laquelle Krishnamacharya a progressivement développé une préférence. De l’âge de 28 à 36 ans, il a approfondi ses études et explorations du yoga auprès du maître yogi Ramamohana Brahmachari, qui vivait dans les montagnes du Tibet, aux abords du lac Manasarovar.

Il n’a pas été facile pour le jeune maître de yoga de s’intégrer dans la société indienne après son long séjour dans les montagnes. Le yoga n’était pas populaire à l’époque où les Anglais géraient l’Inde, de 1858 à 1947. Les dirigeants du pays qualifiaient même les pratiques anciennes de « barbares ». Sachant qu’il allait rencontrer des difficultés à gagner sa vie comme professeur de yoga, Krishnamacharya a fréquenté différentes universités dans le but de peaufiner ses études et de faire ses preuves. Voici une partie des titres qu’il a accumulés pendant sa vie : Mimamsatirtha (instructeur de mimamsa, de l’Université de Calcutta), Nyayacarya (maître de logique, de l’Université de Bénarès), Nyayaratna (joyau de la logique, de l’Université de Navadvipa), Vedantavagisha (maître de la parole du Vedanta, de l’Université de Baroda), Samkhyayoga Shikhamani (diadème du samkhyayoga, de l’Université de Patna), Mamsavidvan (savant en mimamsa, de l’Université de Mysore), Vedakesari (lion du Veda, de l’Université de Mysore).

Sa réputation de guérisseur

En plus de ses titres scolaires, il s’est forgé une solide réputation de guérisseur ; plusieurs des cas qu’il a traités ont été documentés. Le vice-roy de Simla a commencé a pratiquer le yoga sous sa supervision pour stabiliser son diabète. Venkatarama Shastri, un célèbre avocat de Chennai souffrait de paralysie et il a pu regagner une certaine mobilité grâce aux cours de Krishnamacharya. Indra Devi a regagné sa santé cardiovasculaire à travers ses enseignements. À l’âge de 76 ans, Krishnamacharya a encore démontré comment arrêter les battements cardiaques, sous la supervision d’un médecin.

Krishnamacharya a été engagé par le maharaja (roi) de Mysore comme professeur de yoga à la cour, de 1930 jusqu’à l’indépendance de l’Inde en 1947. Par la suite, il a ouvert son école de yoga à Chennai où sa famille est restée. En 1976, son fils T.K.V. Desikachar a ouvert le Krishnamacharya Yoga Mandiram (KYM) pour honorer son père et pour le remercier de l’avoir accepté comme élève. Encore aujourd’hui, le KYM continue d’enseigner le yoga selon la tradition de Krishnamacharya par l’entremise de cours individuels et d’ateliers thématiques de groupes.

Ses contributions au yoga moderne

Les contributions de Krishnamacharya au yoga d’aujourd’hui sont multiples. Il a su présenter cette approche millénaire sous un aspect toujours pertinent dans le contexte actuel. Tout d’abord, pour Krishnamacharya, le yoga était une approche laïque. Il a enseigné sans hésiter à des adeptes de toutes les croyances, même s’il était lui-même un vaiṣṇava dévoué. Pour lui, le yoga et la religion étaient deux domaines distinctes qu’on ne devait pas confondre.

Il a systématisé les asanas, pranayamas et dhyanas afin d’en identifier les fonctions pour le corps et l’esprit, d’expliquer la manière dont les différentes fonctions se soutiennent entre elles, et d’illustrer l’évolution de la santé globale chez l’adepte assidu. Cette vision intégrale du yoga lui a permis de comprendre comment guider chacun de ses élèves dans sa pratique personnelle. Ainsi, il a créé des adaptations de chacune des techniques pour les rendre accessibles à tous :

  • Pour les jeunes personnes :
    • Śikṣaṇa krama. Ces pratiques exigent la perfection dans l’exécution des postures athlétiques et acrobatiques, ainsi qu’une grande maîtrise du rythme respiratoire. Le but principal est de développer le corps et l’esprit de la jeune personne pendant qu’elle grandit.
  • Pour les adultes :
    • Rakṣaṇa krama. Ces pratiques mettent l’accent sur des postures adaptées qui respectent les capacités de la personne, ainsi que sur un grand nombre d’exercices respiratoires pour recentrer le mental. Le but principal est de permettre aux adultes en santé d’assumer leurs responsabilités professionnelles et familiales avec calme, clarté et bonheur.
  • Pour les aînés :
    • Adhyātmika krama. Ces pratiques mettent l’accent sur la méditation. Le but principal est de soutenir l’intériorité, les réflexions sur le sens de la vie, et l’épanouissement spirituel.
  • Pour les personnes malades :
    • Cikitsa krama. Ces pratiques tiennent compte des capacités particulières de la personne. Le but principal est de rétablir autant de confort que possible à l’échelle du corps et de l’esprit.

Ses élèves

De son vivant, Krishnamacharya a surtout enseigné le yoga à une personne à la fois, rarement à des groupes. La plupart de ses élèves ne se rendaient pas compte qu’il enseignait très différemment à chacun d’eux. D’où les grandes différences entre les styles de yoga qui sont enseignés aujourd’hui par ses élèves, et par les élèves de ses élèves : B.K.S. Iyengar, Indra Devi, A.G. Mohan et Pattabhi Jois, pour ne nommer que les plus célèbres. Les approches de Pattabhi Jois (ashtanga yoga) et de B.K.S. Iyengar (Iyengar yoga) ont grandement contribué aux approches sportives qui sont devenues populaires en Occident, comme le power yoga, et encore plus récemment, tous les dérivés qui sont présentés comme des formes d’entraînement physique. Pattabhi Jois et B.K.S. Iyengar ont étudié avec Krishnamacharya alors qu’ils étaient enfants ; ils ont appris le Śikṣaṇa krama décrit précédemment.

Au Centre de Yoga Québec, c’est TKV Desikachar, le fils de Krishnamacharya, qui constitue notre porte d’entrée vers les enseignements de son père. Desikachar a étudié avec lui pendant 29 ans, de 1960 à 1989. Il s’est surtout intéressé au yoga pour adultes (Rakṣaṇa krama), et aux applications thérapeutiques du yoga (Cikitsa krama).